Personne, symbole, récit

Personne, symbole, récit

Faculté de philosophie, Université Fudan

Colloque international et interdisciplinaire à l'Institut Xu-Ricci

04-05/03/2016

 

Présentation

 

     « Qu'est-ce qu'une personne ? » Cette question prend forme en contexte occidental, et sa mouture classique repose sur les prémisses et les questionnements mis en place notamment par Augustin et Descartes. Elle est reformulée à partir des années 1950 dans l'élan de ce que l'on nomme communément l'« anthropologie structurale ». La catégorie de la personne se déplace alors depuis une unité psychologique close vers une unité de sens constamment mouvante. C'est que l'anthropologie structurale place le symbolisme au fondement et au sein de toute réalité sociale, un symbolisme non pas confiné au jeu synchronique du signifiant et du signifié, mais générateur de mythes, de fictions, d'histoire – un symbolisme qui fait récit. La personne, l'unité d'action dans une société humaine, devient alors elle-même et elle en premier construction fictive et déploiement de sens à l'aide des symboles tels que le nom, le genre, le rang, le statut, la mémoire familiale, le signe, la révélation...  

  L’ancrage occidental de la notion de personne en interroge bien entendu la signification et l’usage. Les questions terminologiques ne doivent cependant pas aveugler l’analyse. D’autres cultures ont élaboré des notions et approches qui, sans être identiques à celle de « personne », ont pu et peuvent « jouer » avec elle dans des rapports qui peuvent aviver le sens de l’une et des autres plutôt que d’en montrer simplement la relativité.

       C'est dans une perspective interculturelle que nous souhaitons relire une œuvre importante dans l'histoire de l'anthropologie philosophique française mais dont l'originalité reste largement non comprise, à savoir l'œuvre d'Edmond Ortigues. Articulée autour de la question de « personne » en tant que fiction fondatrice de toute unité d'action, l'œuvre d'Ortigues, en puisant son inspiration dans la philosophie, la théologie, la psychanalyse, la linguistique et l'ethnologie, a su en effet montrer les trames de différents espaces et temps symboliques (ceux des ethnies d'Afrique de l'ouest, ceux du monothéisme judaïque, ceux des langues européennes) où les acteurs se construisent en se racontant singulièrement et en se procurant ainsi des doits et des devoirs – un avenir juridique.